Etincelle


4.03.2008

(T) - ÉRUPTION DES FRONDES

[...] Un homme, couché sur elle, agrippé à ses épaules, l'appelait calmement.
- Mon amour. Mon amour.
Il se tourna vers la foule, la regarda, et on vit ses yeux. Toute expression en avait disparu, exceptée celle, foudroyée, indélébile, inversée du monde, de son désir. La police entra. [...]
L'homme dans son délire, se vautrait sur le corps étendu de la femme. Un inspecteur le prit par le bras et le releva. Il se laissa faire. Apparemment, toute dignité l'avait quitté à jamais. Il scruta l'inspecteur d'un regard toujours absent du reste du monde. [Un peu après], l'homme s'assit près de la femme morte, lui caressa les cheveux et lui sourit [...] on put voir que la femme était jeune encore et qu'il y avait du sang qui coulait de sa bouche en minces filets épars et qu'il y en avait aussi sur le visage de l'homme qui l'avait embrassée. [...] L'homme se recoucha de nouveau le long du corps de sa femme, mais un temps très court. Puis, comme si cela l'eût lassé, il se releva encore. [bien plus tard] L'homme marcha docilement jusqu'au fourgon. Mais une fois là, il se débattit en silence, échappa aux inspecteurs et courut en sens inverse, de toutes ses forces, vers le café. Mais, comme il allait l'atteindre, le café s'éteignit. Alors il s'arrêta, en pleine course, il suivit de nouveau les inspecteurs jusqu'au fourgon et il y monta. Peut-être alors pleura t-il, mais le crépuscule trop avancé déjà ne permit d'apercevoir que la grimace ensanglantée et tremblante de son visage et non plus de voir si des larmes s'y coulaient.

Marguerite DURAS, Moderato Cantabile (1958)

Sujet de L'Epreuve Anticipée de Français: éclairez les évènements racontés dans l'extrait ci-dessus par le récit que pourrait en faire l'homme dans un monologue intérieur qui explicitera ses émotions, réactions, mobiles comme dans un roman traditionnel.


Ca faisait longtemps.
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Le fourgon décampe du paysage.


..Quelqu'un me dit quelque chose,
je le regarde en bavant,
en bavant notre sang.
Puis je crache,
j'expulse notre amour.


Le coup de crosse est franc, j'en perds une dent ;
du moins je le suppose, le coup ne m'atteint pas.

Il me reste un peu de sa vie en bouche,
assez.
Je ne dois pas l'avaler, la garder.

Mes mains tapotent frénétiquement mon pénis, stimulé par les va-et-vient sur la morte.
J'y repense, je me caresse. Second coup de crosse, ou seconde dent. La peau endolorie est chaude, chaude de cette violence entreprise.
Son sang flotte.

Elle n'était pas quelqu'un, elle était quelque chose. Son anatomie n'était plus, son âme était mienne, et puis
Un cahot
J'avale un peu, furieux, frottant à présent mes doigts vigoureusement contre le métal gangréné de ce tacot.
Cela me rassure.
Je me disais.

Je l'ai trouvée jeune et vierge, vierge sur ma verge. Entre pas de toit et pas de chance, elle m'a choisi. Je l'appelai Toi.
"Toi sois ignoble",
"Toi éructe dans mon oreille"
"Toi crève"

Oh, elle était petite.
Petite comme une vie.
Je crois qu'elle a toujours eu le choix, en fait.



Elle m'appelait peu mais avait besoin de moi, tout comme j'avais mes besoins.
Nous avions une vieille maison,
du côté de quelque part,
obtenu entre deux interludes.
Je devais leur avoir fait sauter les ongles
avant la tête, puis avoir ordonné à Toi
de lécher le coulis.
Oui j'aimais bien, ça.

On entend un écoulement.

Un policier écrase sa cigarette sur mon pantalon,
mon genou dans l'abîme dévorée.


Il me sourit.
Je gargouille.
Il ne sait pas qui je suis.
C'est triste, parce que moi non plus.


Toi a réussi à me savoir, un crépuscule.
Crapule, je suis Crapule.
Je suis mots, syllabes, sangs dans ma bouche.

Ravagé et ravageur, spleen et splendeur, je frotte mes doigts rouges.

J'aimais saluer les gens chez eux.
J'avais souvent quelque danger en main,
Toi des haillons
empestant le sexe et le cigare froid.

Je me plaisais à les voir se mélanger devant moi, souvent par Terre.
eau,
bile,
sang,
urine,
poison,
sperme.
Toi hurlait quelquefois, et je la frappais pour la faire, elle aussi, Terre.
Elle s'est toujours relevée, sauf aujourd'hui.



..Pourquoi les gens partent ; surtout pourquoi arrivent-ils. Au fil de mes fantasmes, j'ai du me rendre à l'évidence - puis à la police, mais un jour différent. J'ai du me montrer aussi ferme que ses seins l'étaient, en attendant.

Aujourd'hui me paraissait un jour précis, différent.
Un jour spécial seulement parce qu'on y pense.


On a prit une voiture et un café, je lui ai dit des mots paternels, puis

Toi, je t'aime.



Je n'aurais pas du être différent.

Je l'avais contrarié, ça se voyait.
Alors, pour la calmer, je l'ai frappée.
La table était en verre et contre nous.
Son visage était déchiqueté, et j'étais un peu refroidi.
Je restais silencieux, quelques gens aussi.


J'avais peur qu'il croit qu'elle était à jeter.
Alors je l'ai dénudée, prise.
Elle avait toujours été blette dans ces moments-là.
Mais elle devait être encore déçue.
Je n'avais pas d'eau sous la main, juste du sperme et du sang sur les mains.

Je l'ai nettoyée comme j'ai pu, rhabillée.
Puis je me suis agrippée à elle,
marmonnant des songes.

J'ai après, essayé de la reposséder un peu, mais je lui avais tant donné.


Après.


Les policiers m'ont dit qu'elle était morte,
que c'était dommage,
et que j'étais en état d'arrestation.


Depuis, cette camionnette.

Assez ressassé.

Je viens de m'apercevoir que j'avais fini de boire
mon Amour
mon histoire.
L'instinct
revient.

Je tire la langue à l'homme qui sourit.
Il me sourit, jette sa cigarette dans mon tréfonds intime

Alors, je sais ce qu'est la vie, et sais ce qu'est la mort.



Je bondis de mon siège,
mes doigts ensanglantés,
et je le jette au sol,
pour qu'il devienne Lui.
Je l'embrasse dans la modeste flaque de sang,
le frappe à la matraque
pour qu'il fusionne avec moi.



Un homme tire,
Un cahot
la balle ricoche,
Un homme crie.



J'aime ça, je ne connaissais pas ça.


Je sens des lames. Je ne connaissais pas.




Elles labourent mon dos,
semant des gangrènes,
libérant les flux.

Lui a achevé ma vie.
Et je suis heureux, je patauge.
Je souris moi aussi.



Crapule, je suis Crapule, mais plus pour longtemps.
Car ils sont jaloux de Lui,
de Toi,
car ils sont jaloux de moi!



***


Note: Cet écrit a été refusé par la professeur de français, car jugé trop "dérangeant". Il a donc fallu réaliser un autre écrit, plus "acceptable".



Teckhell

1 Grain(s) de sable.:

Anonyme a dit…

Chapeau

Ah, les royaumes de la folie sont si riches en perles insondables...Même si celles-ci ont le plus souvent la couleur du sang et du sperme... Dommage que cela n'aie pas plu... Il faut savoir, parfois, s'adapter au public, même si l'occasion est belle.

Très beau texte, on ne peut pas dénier que cette crapule est animé par une puissante passion.


Chapeau


Snake