11 Avril
Et les ballerines se frayent un chemin à travers le crachin dont s’abreuvent les pavés, avides de boue, de gouttes, de sel. Le dégoût naturel, et l’égout qui s’écoule…
Le cuir mal dégrossi se gondole, dégouline de liquide limpide alors qu’elles s’étirent mollement, comme après un long soleil qui les auraient rabougries, raffermies, endurcies, au point de comprimer cette chair mouvante et moulée au creux de leurs intimités symétriques.
Les pores respirent, la pensée renaît. Trempée.
« Question réflexion, l’homme s’y prend comme un pied. »
Les amis pas poètes pour un sou(lier) nous offre dans un délassant délassage, une vérité de viande à vif et crue.
La matière sous le cirage, et les semelles trouées. On se noie à la première flaque.
Comment, comment en ce cas continuer à avancer, à laisser la gauche supporter, cette fois, le poids, pour mieux balancer la droite, se prendre une droite, et changer ensuite, encore et encore, à grès des pas apeurés ?
Embrigadé dans sa propre girouette d’idée ?
Sonne l’heure de la gigue idéaliste, de l’entrechat trébuché et de la surréelle chute…
Chair endolorie et gonflée ne veut plus rien enfiler.
Notre propre peur de se perdre en nous même et nos propres peurs nous fait un sale pied de nez.
Chevilles fragiles…et ballerines piégées.
Droit devant, à marche militaire, regard lointain, aplomb assuré, les talons qui claquent, clack, clap, applaudis et remarqués. Et il ouvrent la marche, ego incommensurable.
En voilà des (grandes) pointures messieurs dames, les meilleurs du marchés de la marche, aux chevilles enflées écrasant les votres.
Pas de parade, laisser les parader !
IL sera trop tard après, bien après, l’herbe coupée sous le pied, de tenter une avancer sur un terrain damé, ratissé, ratifié, intouchable désormais, inviolable sous autorité de la virginale originalité, celle dont on ne peut parer ces idées, faute d’en avoir à la fabrication été soi même paré.
Ainsi réduite à l’immobilité,
Les ballerines maudissent
Leur mauvais cordonnier.
Tiraillée entre l’un et l’autre, en indépendance et intégrité, le ballet des ballerines n’a jamais commencé.
L’obscurité qui envahit les pavés fait peu à peu disparaître aux yeux des hommes l’assaut continue des gouttes qui cloue un peu plus chaque seconde les chaussons dans leur flaque souillée.
Les ballerines stagnent,
le chausseur s’en veut,
les chevilles ruissèlent
d’indécision salée.
Orkimaru
Etincelle
4.16.2008
(O) - BALLET ET GIBOULÉ
Note de Orkimaru à 8:43 PM
Libellés : il pleut il pleut bergère
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